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  • Thomas van der Straten

Storytelling: analyse d'un court-métrage


Analyser des oeuvres de fiction est l'un de meilleurs moyens pour comprendre les mécanismes du storytelling. On va se pencher ici sur le court-métrage "l"accordeur" écrit et réalisé par Raphaël Treiner . Ce dernier a réussi en un temps relativement bref à nous raconter une histoire prenante avec un début, milieu et fin . Quels en sont les mécanismes?


Identifions les différents temps forts:


Accroche ou image d'ouverture: Dès le début on est intrigué par une situation pour le moins incongrue. Un pianiste aveugle en caleçon, joue dans ce qui semble être un salon et son public est composé de deux personnes qu'il ne connait pas. Immédiatement on veut savoir comment le héros a fait pour se retrouver dans cette situation étrange? On est pris, on veut connaitre la suite.

Incident déclencheur: C'est le moment où le statut quo, l'équilibre de l'univers de l'histoire est radicalement remis en question. Notre héros échoue au concours qu'il a mis 15 ans à préparer. Après cet évènement sa vie s'effondre, l'équilibre qu'il avait trouvé avant cet évènement est rompu. Il s'agit d'un très bon incident déclencheur, on s'identifie immédiatement à ce sentiment peu agréable qui nous envahit après un échec. C'est cet évènement qui est la cause des actions que va prendre le héros dans la suite de l'histoire.


Acte deux: Celui-ci est parfaitement exécuté à l'aide de la scène dans le café. L'acte deux c'est l'ensemble des réponses que va tenter de trouver le héros pour surmonter le problème posé par le problème de l'acte 1, il s'agit en général d'essayer de surmonter une série d'obstacles. Ici on découvre que notre héros a trouvé une solution pour se remettre en selle: devenir accordeur...en jouant les aveugles. Les avantages sont nombreux: plus de clients, meilleurs pourboires, les gens sont plus sympas etc...Mais est-ce la bonne réponse?


Climax Acte 2 et acte 3: Notre héros se présente chez un nouveau client, mais dès le départ il y a quelque chose qui cloche. La cliente ne veut pas ouvrir, la tension monte...et voilà notre accordeur qui se retrouve au milieu d'un crime qui vient d'être commis. Est-ce que son statut de faux aveugle va le sauver ou bien le perdre?Cette tension va soutenir l'ensemble de l'acte 3... notre héros va t'il survivre?


Climax final et résolution: La cliente est derrière notre héros, prète à le tuer...dès qu'il aura fini de jouer. On retrouve ici l'image du début. On comprend maintenant la scène d'ouverture.


Le héros

Le héros c'est le coeur de toute histoire. Un bon héros est un personnage avec lequel on peut s'identifier, rentrer en empathie, que l'on a envie de voir réussir. Cela passe entre-autre par identifier ses faiblesses et ses fêlures, car rien de plus antipathique que la perfection.

Dès le départ on a de la sympathie pour cet homme brisé, l'échec est quelque chose que l'on a tous connu, on comprend ce qu'il traverse. A partir de maintenant son but est clair et rentre en résonance avec un de nos besoins les plus basiques: survivre. Que ce soit sur un plan moral (comment sortir de la dépression) ou physique (comment ne pas être tué). L'acteur Grégoire leprince-ringuet donne une performance très juste dans l'interprétation de ce personnage.


Analyse des scènes

Une scène doit comporter deux éléments indispensables: un conflit ( que l'on va symboliser par "><" ) et une valeur de début et de fin ( que l'on va symboliser par "+/- "). La valeur de fin devant être opposée à la valeur de début.


Scène de l'échec au concours

>< Notre héros veut obtenir, le prix Berstein mais il ne l'obtient pas.

+/- La valeur de départ est positive, il va vers l'accomplissement de 15 ans d'entrainement pour terminer sur un échec (négatif)


Scène du café

>< Son patron est furieux vis à vis de notre héros suite aux informations qu'il a reçu de ses clients veut que son accordeur arrête sa mascarade, l'accordeur lui veut continuer à jouer l'aveugle.

-/+ On commence sur une valeur négative, le patron est en colère mais l'accordeur arrive à le convaincre du bien-fondé de sa stratégie (positif)


Scène finale

>< La femme veut tuer l'accordeur, l'accordeur veut rester en vie

+/- L'accordeur va voir un nouveau client, sa stratégie de l'aveugle continue à fonctionner (positif) mais la scène se termine par une menace de mort (négatif)


Notes sur la mise en scène


De manière extrêmement économe le réalisateur arrive à exprimer la dépression du héros et les conséquences de celle-ci. En avant plan l'accordeur, le regard dans le vide ne voit pas une femme en arrière-plan qui fait ses bagages, sur la table de nuit des médicaments . On a compris que sa compagne est en train de le quitter, l'attitude et l'expression de l'accordeur ne laisse pas de doute sur son état dépressif, il ne se lève même pas à cette occasion. En moins d'une minute tout est dit.


C'est l'image que l'on voit au début et à la fin. Elle pose question, elle cache l'essentiel (l'arme que tient la femme), c'est seulement après un cut away que la caméra va nous révéler exactement ce qui se trame.



Voici pour l'analyse forcement partielle de ce court-métrage.

Ce type d'analyse permet de comprendre et déconstruire les mécanismes du storytelling et ensuite les appliquer à n'importe quel projet. Besoin que l'on raconte l'histoire de votre projet? www.tvdsprod.com




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